Pages de journal - 15 mètres à la une

TERRE DE PASSAGES

Qui suis-je pour parler de migration, de déplacés moi qui vis au calme dans un hameau de montagne ?

Suis-je légitime pour travailler et mettre en images un tel sujet ou alors n’est-ce qu’opportune occasion sur un fait de société, hélas encore et toujours d’actualité ?

Mais je suis touchée

Profondément

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi vous étiez touché par un sujet ?

Souvent c’est parce qu’on l’a vécu…

Mais si, concrètement, dans votre vie, il est manifeste que vous ne l’ayez pas vécu …alors qu’est-ce qui entre en jeu, là ?

La fibre humaine de l’amour et la compassion…sûrement… mais, en plus, la vie m’a appris qu’on porte en soi toutes les mémoires.

Soudain, quand l’émotion sort de profondeurs insoupçonnées, qu’elle vous déchire comme une vague, vous savez que vous êtes concerné au-delà de toute logique, vous savez qu’il y a là quelque chose qui remue de vrai. Et d’où viendrait que vous sachiez si bien certaines de ces choses que vous n’avez manifestement pas vécues ? De ces mémoires marquées en vous qui font que vous savez le monde.

Quelque chose est là, tout près, qui est touché…alors remonter le fil, aller y voir, explorer.

L’art est pour moi un de ces moyens d’exploration.

Et ce sujet des migrants, des déplacés, des déportés, des gens jetés sur les routes, des pieds enflés, brûlants, des estomacs vides, de l’espoir auquel on s’accroche pour ne pas sombrer dans le néant du désespoir, de la chute sans fin dans l’incompréhension la plus grande, de ce cri muet, indicible quand tout sens disparaît …des fois la douleur, la colère, la haine qui nous tord et nous perd de tant de violence autour et dedans…tout cela je peux par mes dessins le vivre, le revivre, tout cela devient/est vrai.

Au-delà du temps et de l’espace, cette mémoire imprimée en nous que nous pouvons atteindre nous donne alors la possibilité d’aller à la rencontre de l’Autre. C’est alors toucher à la compassion et l’amour.

 

Aquarelle et encre sur carnets, 11×18 cm De 2017 à 2024 (actuellement  au nombre de 85) Dans les expositions je les présente sur une ligne, (la dernère avait 15m) créant ainsi pour le visiteur un déplacement obligé. Elles sont positionnées assez bas de façon à ce que le corps se courbe pour les voir.