Nicole Kunz – Christine Aymon

Christine Aymon, née Aubort, étudie à l’Ecole Supérieure des Arts Visuels à Genève  (ESAV), de 1973 à 1977, sous la direction de Chérif Defraoui. Elle y pratique le tissage et se distingue en gagnant le premier prix du concours pour la réalisation d’une tapisserie murale à l’Université Dufour à Genève. Dès 1978, elle participe à d’importantes expositions autour de cette technique, en Suisse comme à l’étranger (Belgique, Hongrie, Pologne, Allemagne). Elle s’installe au-dessus de Vérossaz en Valais en 1979 dans un cadre naturel qui sera déterminant pour sa pratique artistique. Après une brève phase abstraite (1990 ̶ 93), elle passe à la figuration par le biais de la sculpture sur bois, en petit et grand format, tout en poursuivant en parallèle le dessin et la peinture. Elle a obtenu le prix de la Fondation Alice Bailly, le Prix culturel de l’Etat du Valais, Prix Art, Sciences & Lettres à Paris. Ses œuvres sont exposées en Suisse et à l’étranger et sont visibles dans différentes institutions publiques. En 1984, elle fonde l’Atelier expérimental d’art visuel à Vérossaz, et devient active dans l’enseignement public.

Christine Aymon concentre son travail sur l’humain, une thématique qui marque l’ensemble de son œuvre toutes techniques confondues, des tissages des débuts jusqu’aux sculptures sur bois. Déjà les œuvres textiles sont pensées en relief ou en trois dimensions, et en grand format, comme des enveloppes corporelles. Progressivement des végétaux et des cailloux viennent s’y intégrer, apportant du relief et de la matière aux surfaces (Les Portes du Silence, 1989). Le dessin l’accompagne tout au long de son parcours. Après une brève incursion dans l’art abstrait avec des réalisations en pierre qui ne la satisfont pas, l’artiste reprend une sculpture plus réaliste, centrée sur la figure humaine, où l’animal est souvent présent. Elle utilise pour cela une technique particulière consistant en un collage de lames de bois de sapin pour ébaucher la silhouette générale, qui est ensuite sculptée et poncée de manière traditionnelle. Ce procédé original, caractérisé par des surfaces aux zébrures régulières, devient sa signature et lui permet d’obtenir des pièces soigneusement évidées, réduites à l’aspect de masque ou de membrane. Car c’est justement le volume fermé que l’artiste cherche à éviter en sculpture. Certaines pièces sont travaillées en ajours, voire même brûlées par endroits. Les personnages sont parfois peints, revêtus de tissus, complétés par des éléments en paille, en terre, ou en fil de fer crocheté. Le regard est important, matérialisé par des yeux très réalistes. Les sculptures de Christine Aymon s’appuient sur la réalité pour créer un discours qui se nourrit de poésie, d’anthropologie, de philosophie et de spiritualité. Le réalisme sert à créer un lien direct entre le spectateur et l’œuvre, comme porte d’entrée à l’imaginaire. Créées au format humain, ces personnages présentent, au fil des ans, des positions toujours plus dynamiques, cristallisées dans le mouvement l’instant. Ce ne sont pas des portraits mais plutôt des figures emblématiques, typologiques, toutes races confondues, sur lesquelles il est possible de se projeter, comme dans un miroir. La mise en place des sculptures lors des expositions tient de l’installation, presque du théâtre. Comme autant de personnages aux multiples visages que l’artiste combine et met en scène dans un jeu d’ombre et de lumière – l’éclairage constitue un élément à part entière de son travail –, ses sculptures s’insèrent dans le flux de l’existence, dans le cycle incessant de vie et de mort, pour raconter leurs histoires.

Œuvres: Genève, Uni Dufour; Monthey, Hôpital du Chablais, Bâtiment de police cantonale, Bâtiment de troupes du Petit-Hongrin, Centre La Castalie; Sion, Musées cantonaux du Valais; Vérossaz, Bâtiment scolaire.

Nicole Kunz, 2018 pour sikart.ch Dictionnaire de l’art en Suisse