Le partage par et autour de l’art

Texte de Jean-Michel Gard, directeur du manoir de la ville de Martigny.

 

(…) Christine Aymon est une artiste très impliquée dans son époque et un témoin  exemplaire des préoccupations artistiques qui ont caractérisé le dernier quart du XXè  siècle. Son travail s’était d’abord plutôt concrétisé dans l’abstraction. A partir des années 80 l’artiste sent le besoin de revenir à la figuration, une figuration qui sera centrée principalement sur la figure humaine.
Par son approche sans cesse renouvelée des techniques, Christine a apporté une  contribution majeure et très originale à la scène artistique valaisanne et romande, loin des modes et des conventions. Il est vrai que l’artiste évolue avec beaucoup de dextérité dans toutes les disciplines ; elle est aussi bien à l’aise dans l’immédiateté du dessin que dans les patients et laborieux processus de la sculpture ou du tissage. Aux fibres et aux papiers, elle mêle d’autres matières, parfois inattendues, comme le foin, le goudron , l’ardoise, le granit, le métal, le ciment et le verre. Son travail échappe depuis longtemps aux catégories et aux styles. Il traverse les courants, mêlant aux techniques des arts plastiques toutes celles de l’artisanat : tissage, broderie, sculpture, collage, peinture, assemblage, installations. Depuis quelques années l’artiste n’hésite pas à recourir aux dernières possibilités qu’offre la technologie : mécanisation, sonorisation, éclairage, vidéo.
Au fil des ans l’art de Christine Aymon s’est  » humanisé « , est devenu de plus en plus humaniste.
Ses personnages, ses figurines, ses installations nous livrent des fragments d’humanité souvent chargés de connotations sociales ; le spectateur se trouve tour à tour confronté à la désespérance des migrants, à la banalité surréaliste d’un fonctionnaire, à l’innocence de l’enfance ou à la beauté ethnique des membres d’une étrange  » Tribu des Pièces Percées « .

Nourrie de sa déjà longue fréquentation avec les arts du spectacle (décor, masque, costume, lumière, son), l’artiste nous propose souvent de véritables mises en scène, des œuvres  » théâtralisées « , qui nous restituent la vision d’un monde aliéné, situé aux marges de la société, un monde intemporel : vestiges et traces entre le passé et le présente, entre la vie et la mort.
D’où l’impression parfois d’un expressionnisme néoréaliste, qui peut faire penser à l’Art brut : des formes inachevées, une complexité et une stratification de ses personnages qui font penser à des marionnettes désarticulées ou à des momies, des figures aux regards vides et interrogateurs, des œuvres marquées par ‘usure du temps, tout cela évoque un monde fantasmatique, irréel, parfois inquiétant, fragile et menacé.
L’artiste travaille pourtant dans un cadre idyllique, à l’écart de la civilisation – plusieurs chalets dans une clairière au-dessus de Vérossaz (Suisse-Valais) -, ce qui lui a permis de garder un contact étroit et fécond avec la nature.

Cette relation, essentielle à sa création, se retrouve d’ailleurs dans  certains de ses thèmes et dans le choix de ses matériaux. C’est dans ce lieu privilégié que Christine Aymon a animé à partir de 1984 un atelier d’art expérimental, une entreprise ambitieuse et exigeante qui témoigne de son constant intérêt pour l’enseignement et la communication.  » Le partage par et autour de l’art « . (…)